Comment les utiliser ?
Prenez votre bracelet. Si vous n’en avez pas, utilisez la représentation ci-dessus. Si, pour cette méditation, la sensation physique des perles entre les doigts joue un rôle important, un écran peut être un bon moyen de découverte avant de réaliser un achat (ou, si vous aimez bricoler, une fabrication). Les premières fois, prenez votre téléphone portable (en mode « Ne pas déranger » !) ou faites cela assis sur votre chaise de bureau, avec ce site ouvert pour lire la signification des perles. Si vous préférez une solution 100% sans écran, vous pouvez aussi télécharger et imprimer cette brochure. Vous n’en aurez bientôt plus besoin.
Mettez-vous dans un endroit calme, où vous aurez peu de risques d’être dérangé·e. Le temps nécessaire dépendra de chaque personne ; une demi-heure permet de prendre son temps. Bien souvent, surtout pour une personne qui découvre les perles de la foi, un quart d’heure suffira, mais mieux vaut ne pas avoir à regarder sa montre ; comptez large. Asseyez-vous confortablement. Fermez les yeux si cela est confortable pour vous, et respirez lentement, profondément.
Prenez la première perle. Sa taille et, bien souvent, son matériau, la rendent reconnaissable même les yeux fermés. Lisez sa description et méditez sur son sens, ainsi que sur le texte biblique cité. Puis, une fois le sujet suffisamment mûri, adressez quelques mots à Dieu, que ce soit une demande ou une action de grâce. Prenez ensuite la deuxième perle, une des six perles de silence, et cherchez à faire le vide dans votre conscience. La citation biblique peut aider dans ce processus. Après quelque temps, quand vous vous sentirez prêt·e, passez à la perle suivante.
Faites ainsi le tour du bracelet. Si vous en ressentez le besoin, faites un deuxième tour ; sinon, vous pouvez terminer avec un Notre Père, et doucement reprendre contact avec votre environnement pour retourner dans le monde actif avec un calme et un lien à Dieu retrouvé.
Ceci est une proposition : rien ne vous empêche de modifier l’ordre proposé ou de ne méditer, à chaque fois, que sur une seule perle. Vous pouvez chercher à créer une habitude, avec une utilisation du bracelet entier chaque jour, ou bien l’emporter partout et ne l’utiliser que lorsque le besoin ou l’envie apparaît. Vous pouvez l’utiliser seul·e, ou trouver un groupe pour le vivre en commun. Certaines communautés partent même en pèlerinage avec elles ! L’essentiel est de trouver votre propre manière d’utiliser les perles.
Pourquoi les utiliser ?
Prier, prendre du temps pour se relier consciemment à plus grand que soi, et par Lui, à se relier aux autres ; méditer, prendre du temps pour réellement se reconnecter à soi, à l’Esprit qui nous habite, ce n’est pas si évident. Cela demande de trouver les mots, l’énergie, le temps. Et dans notre société où tout notre temps, toute notre énergie et tous nos mots sont grignotés par les exigences des autre et par les impulsions permanentes à la consommation, que ce soit d’objets physiques ou de « contenus », cela est sans doute encore moins évident que par le passé.
Les recherches scientifiques (e.g. [1][2][3], liens en anglais) suggèrent clairement que la prière personnelle et la méditation spirituelle peuvent favoriser le bien-être psychologique, à condition qu’elles soient vécues comme une relation de confiance plutôt que sous le mode de la peur, de la culpabilité ou de la punition. Pour la théologie chrétienne, elles ne sont cependant pas uniquement de simples moyens de mieux-être : elles sont le cœur battant de la vie de foi. Pourtant, de nombreuses chrétiennes et de nombreux chrétiens, de tous âges, luttent pour profiter de ce trésor.
Que nous soyons chrétien·ne ou non, nous avons besoin d’aide pour trouver dans nos vies le juste équilibre entre nos besoins physiques, psychologiques et spirituels. Cette aide existe de différentes manières : les perles de la foi sont l’une d’entre elles. Elles sont la manifestation physique de nos besoins spirituels. Elles rendent tangible l’intangible et visible l’invisible. Elles sont un rappel, un lien, une ancre. Par elles, nous apprenons à être attentives et attentifs à notre bien-être spirituel. Par elles, nous pouvons nous reconnecter à l’essentiel. Elles sont un panneau qui montre des voies pour que nous puissions choisir la nôtre. Elles deviennent, par la pratique, un raccourci : je touche la perle dorée quand j’ai besoin de ressentir la présence de Dieu. Je touche la perle noire quand j’ai un regret ou une culpabilité. Je touche la perle verte quand l’écoanxiété se fait trop forte. Je touche la dernière perle blanche que je ressens une grande joie pour laquelle je suis reconnaissant. Les mots, les idées viennent ensuite, plus rapidement, de plus profond en moi. La prière est comme un sport, qui se fait toujours plus simple à mesure qu’on la pratique : les perles sont un partenaire et un coach. Elles ne sont ni magiques ni sacrées, elles ne remplacent pas non plus la prière communautaire, le culte et la lecture de la Bible, mais elles leur forment un merveilleux complément dans la vie quotidienne, au milieu des soubresauts du monde, sans qu’il y ait besoin de se libérer un long moment ou un espace dédié.
Si personne n’en a besoin, ces perles peuvent être utiles à chacun·e. Mais elles sont tout particulièrement adaptées aux personnes qui (re)découvrent la prière, et qui ont donc d’autant plus besoin d’une aide, ou aux personnes dont l’attention est chancelante que ce soit à cause de l’âge (enfants, personnes âgées), de la situation de vie (période stressante, métiers difficiles, …) ou d’une neuroatypie (TDA-H, troubles du spectre autistique, troubles « dys », …).
Enfin, plus anecotiquement peut-être, ce bracelet peut aussi être un outil d’évangélisation, les perles colorées attirant le regard et donc les questions. Un beau et bon moyen d’afficher sa foi sans être ostentatoire !
Que signifie chaque perle ?
Les perles de la foi ne sont pas liées à un ensemble de textes, de prières ou même de thématiques figés. C’est à chacun·e, par la pratique, de trouver son propre chemin, d’entendre ce que l’Esprit a à lui dire par ces perles. Des livres, des vidéos, des sites internet, des podcasts, … témoignent (malheureusement rarement en français) de la diversité des usages possibles. Cette page se veut une introduction, comme on introduit une personne à une autre, en vous les présentant telles que moi je les connais pour que vous appreniez à les connaître à votre tour ; mais par l’usage vous les ferez réellement vôtres. Il y a aussi d’autres usages : méditer sur la vie du Christ, présenter la foi chrétienne, … N’hésitez donc pas à dévier du sens donné ici !
Comment se les procurer ?
Il n’est pas toujours facile de trouver les perles de la foi, à tout le moins en France. Le mieux est de vous tourner vers votre pasteur·e ou tout autre ministre du culte : même si il ou elle n’utilise voire ne connaît pas les perles de la foi, il ou elle saura demander aux bonnes personnes. En Alsace, vous pouvez vous tourner vers moi : la paroisse protestante d’Ostwald passe régulièrement des commandes groupées sur le site allemand LOGO-Buch.de, ce qui permet d’avoir les perles à un prix légèrement réduit, dernièrement à 10,50 €.
Rien ne vous empêche cependant de les commander vous-même directement, que ce soit chez LOGO (lien en allemand, lien en anglais avec un peu moins de choix), sur Etsy (attention aux frais de port pour les produits venant d’outre-Atlantique) ou ailleurs.
Si vous achetez les perles « officielles », elles auront été fabriquées à Agara, un village indien situé près de New Delhi, où l’artisanat du verre se pratique depuis plusieurs générations. Les perles de la foi procurent du travail aux familles d’Agara. L’organisation de commerce équitable Tara Projects œuvre en arrière-plan. Elle veille à ce que les manufactures d’Agara reçoivent un prix équitable pour les perles, et s’occupe également de la santé, de la scolarisation et du développement social du village. En tant que porte-parole des populations pauvres de l’Inde, elle lutte contre le travail des enfants et les conditions de travail abusives dans le pays.
Il y a enfin une autre possibilité : si vous aimez bricoler, vous pouvez aussi acheter les perles à l’unité, en veillant simplement à respecter les différences de taille et de couleur. Je trouve personnellement important que la perle dorée soit facilement différenciable au toucher, par exemple métallique si les autres sont en verre, mais chacun·e peut avoir ses préférences. Dans ce cas, il est aussi possible de rajouter une petite croix ou un crucifix pour rendre l’objet plus visiblement confessionnel.
Quelle est leur histoire ?
Les perles de la foi (Frälsarkransen, « la couronne du salut » en suédois) ont été imaginées par Martin Lönnebo (1930-2023), évêque luthérien émérite de Linköping, en Suède. Lönnebo était un pasteur et un théologien particulièrement intéressé par l’importance des sens dans la foi et la pratique chrétiennes. Pour lui, l’expérience, notamment mystique, est l’un des « cinq langages de la religion » (pour reprendre le titre d’un de ses livres, publié en 1975, Religionens fem språk en suédois), un langage dont la tradition protestante a sans doute sous-estimé l’importance et où les sens jouent un rôle central. Un autre de ces « cinq langages » est le culte : mais là aussi, les sens (la vue et l’ouïe partout, l’odorat dans certaines traditions, le toucher même parfois) sont au cœur de la pratique liturgique. Tout au long de sa carrière, il a donc essayé de redonner leur place aux sens dans l’Église. Par exemple, en réaction à l’assassinat de Martin Luther King, il a introduit à Uppsala en 1968, l’usage des « bougies votives », que l’on voit si souvent dans les cathédrales catholiques mais dont l’usage restait exceptionnel en protestantisme (et l’est toujours en France et dans la plupart des pays hors de la Scandinavie), offrant ainsi un moyen concret d’exprimer le choc et la tristesse et de les transformer en prière. Lönnebo avait bien perçu un besoin de notre époque : celui d’accomplir un geste concret en relation avec la spiritualité. L’usage de bougies votives n’est peut-être pas la bonne solution. Il risque notamment de susciter des réserves chez celles et ceux qui se méfient des médiations matérielles dans la prière, par peur de réduire celle-ci à un geste automatique et purement extérieur. Le questionnement reste néanmoins fécond : comment donner au corps et aux sens une place dans la vie spirituelle, sans que les objets ou les gestes se substituent à la prière elle-même ?
Les perles de la foi peuvent être comprises comme une réponse possible à cette question, une réponse qui résiste mieux que la bougie votive au risque de devenir un geste purement extérieur ou une simple répétition de paroles. Aucun texte strict n’est associé aux perles, contrairement, par exemple, au rosaire, qui repose sur la récitation de prières déterminées. Chacune ouvre plutôt un espace de méditation personnelle, qui demande une certaine réflexion et une présence attentive à la prière.
L’histoire plus précise de ces perles commence en 1994, après le départ à la retraite de Lönnebo. Il profitait de ce temps pour écrire un nouveau livre, qui avait pour vocation de présenter la foi chrétienne dans la société suédoise très fortement sécularisée. Il réfléchissait à des questions comme : « Qu’est-ce qui est le plus important pour une personne lorsqu’elle se présente devant son Créateur ? Qu’est-ce qu’une vie véritablement humaine ? Qu’est-ce qui est le plus important pour un·e chrétien·ne lorsqu’elle ou il s’approche de son Sauveur ? À quoi ressemble une vie chrétienne authentique dans notre époque mondialisée, qui remet honnêtement tant de choses en question ? ». Pour nourrir ce travail d’écriture, il partit en voyage en Méditerranée, mais une tempête le retint plusieurs jours sur une petite île grecque. Il y observa les habitants, et notamment les pêcheurs eux aussi empêchés de prendre la mer, qui passaient le temps en manipulant leurs komboloï, des chapelets profanes. Inspiré par l’objet, il mit en pratique une idée qui l’accompagnait depuis longtemps et se mit à dessiner un chapelet qui pouvait répondre aux questions initialement posées dans le livre. Mais plutôt que de proposer des réponses fixes, le chapelet devait aider la personne à méditer elle-même, et à trouver ses propres réponses. Ce nouveau chapelet devait être œcuménique, largement accessible et accompagner les personnes à travers les différentes étapes de leur vie, en particulier les Suédois·es modernes qui avaient besoin, selon Lönnebo, d’un outil concret pour prier et méditer.
Le résultat de ces réflexions fut un chapelet rond qui évoquait une bouée de sauvetage. Publié en 1995, il devint progressivement populaire en Suède et dans les autres pays scandinaves, avant de se diffuser dans d’autres régions luthériennes puis dans d’autres traditions, y compris au-delà du protestantisme, voire du christianisme. Et il peut aujourd’hui vous aider vous à cheminer spirituellement.
Pour cette partie historique, je me suis principalement appuyé sur les deux articles suivants, dont je propose ici une synthèse complétée par quelques remarques personnelles : Stina Fallberg Sundmark, « Kroppen och sinnena i nutida fromhetsliv. Frälsarkransen som exempel », Svenskt Gudstjänstliv 92 (2017), p. 171-174 (lire en ligne) et Thomas Lerner, « Så blev Frälsarkransen Sveriges första moderna radband », Dagens Nyheter 02/02/2015 (lire en ligne).